Cet article s'adresse à de multiples personnes, que je ne citerai pas, même si à l'intérieur de ma tête leurs noms résonnent, après tout, à quoi ça servirait de les dire ? Ils se reconnaissent très bien tout seuls. Ou alors c'est qu'ils se voilent la face, et là je les plains, parce que se croire innocent quant on est largement coupable, c'est pas très bon pour la suite...
Ces gens cherchent à tout prix à se faire voir. Il y a trois types de personnes qui font retourner les autres sur leur passage : ceux qui cherchent à ce qu'on les voie, ceux qui s'expriment sans s'occuper des autres, et ceux qui ne le font pas exprès.
Exemples.
Le premier, c'est ceux dont je parle. Le but est de passer pour hors-normes, de recevoir des regards intrigués ou amusés, defaire parler d'eux, d'être différents. En fait leur seule différence c'est de justement perdre leur temps, leur argent, et leur identité dans quelque chose de stupide. Parce que il y en a parmi leurs spectateurs forcés qui n'aiment pas cette fausseté, cette extravagance égocentrique, ce cinéma, qui s'en lassent de suite. Si ils ont des ennemis, ce sont eux qui se trompent, ce sont des martyrs, ooh, pauvres de nous qui sommes nous et que la société n'assume pas ! Pff. Pitoyable. Par contre, fait paradoxal, ils détestent et méprisent automatiquement la catégorie de gens qui vient après.
Les seconds, eux, font ce qu'il leur plait, parce qu'ils en ont envie. Ils chantent, dansent, rient en plein milieu de la rue, mais pas pour qu'on les voie, juste parce qu'ils sont eux, et qu'ils agissent naturellement. En général ils vivent à l'écart de la masse, rejetés comme une flaque de pétrole qui empêcherait de voir la mer de merde sans vouloir ni la cacher ni la montrer. Démonstration. J'aime bien m'habiller comme il me plaît même si ce n'est pas le goût de tout le monde. Si j'ai envie de mettre une minijupe avec mes belles bottes noires, ou lesdites bottes avec mon perfecto en cuir, je le fais. Si ça ne m'allait pas, si ça ne me plaisait pas, je ne le ferai pas. Mais je dérange. Forcément. Je suis différente. Alors, eux, du coup, qui savent que c'est naturel chez moi, me méprisent et médisent dans leur secte de lumière à paillettes éphémères.
Bizarre, non ? On reproche le vrai, le simple, le spontané, et on regarde avec tendresse le faux, le cinéma, leur tout-fabriqué.
Les derniers ne le font pas exprès, n'en sont parfois même pas conscients, et ils sont rejetés systématiquement. La société leur fait les gros yeux et parle d'eux avec un sourire cruel. Au pire, on les fait boucs émissaires, esseulés, vulnérables. Au mieux, on leur fait comprendre que l'on ne souhaite pas être ami avec lui ou elle. Deux fois j'ai accepté auprès de moi, une fille qui aspirait à de l'amitié contre la haine qui l'entourait, deux fois j'ai regretté ma gentillesse. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a aucun avenir à protéger quelqu'un, à passer du temps avec lui, si on a aucun point commun. Si il ou elle n'est à vos yeux qu'une connaissance, si ce n'est pas une amie, il faudrait lui dire. Mais après, c'est risquer de passer pour les Autres...
Ils m'ont haïe au fur et à mesure que je voyais derrière le masque leur horrible petite face de Méduse. Plus je les ignorais, car manque d'intérêt égale désintérêt, plus je devenais un truc qui dérange. Je ne ris pas d'eux, je ne cours pas vers eux quand je les vois, je ne cherche pas à les regarder. Qui coule ses yeux entre la foule pour trouver un amas visqueux de viscères tout piqueté d'or ? Les plus beaux atours n'ont pas d'effets sur moi, parce que depuis toute petite je n'ai vu que derrière les masques, parce que j'ai toujours connu le mépris les moqueries et la haine. J'ai toujours fini par savoir.
Je dérange, parce que quand un "formez des groupes" retentit, je ne me précipite pas pour me joindre à eux.
...Parce que je n'adhère pas à leurs principes ou pas de la même façon.
...Parce que je suis tout à fait bien sans eux, indépendante d'eux, je ne les crains pas et ils me lassent, ni noir ni blanc, je ne ressens envers eux qu'un dégoût blasé. Et ça les énerve.
Il n'y a rien de pire pour eux que de ne rien faire ressentir de puissant chez les autres. Haine les flattera, Adoration les comblera. Mais Indifférence, Agacement, qu'est-ce que cela leur fait ?
Comme un théâtre sans aucun spectateur. Le show est fini, qui a regardé personne qu'en ont-ils pensé ont-ils aimé je sais pas ils ont pas regardé alors ils ne m'ont pas vu je n'existe pas ?
Est-ce qu'ils ont un problème d'existence ?
...
Cela expliquerait pourquoi ils persécuteraient ceux qui, naturellement, font se retourner les gens dans la rue... Et qui n'ont rien demandé !
En tout cas ça ne m'empêche pas de les trouver minables dans leur show perpétuel, qui en écrasant les autres désire dominer le monde d'un podium fait de vent, de vide, et de sièges sans spectateurs.